L’autre côté de l’aventure

Mais ne leur a-t-il pas fallu, pour vivre cette aventure, monnayer tout ce qui était monnayable: objets d’art, argenterie, voitures, fourrures, bijoux… afin de réunir les fonds indispensables à leur dernière expédition?
Il leur reste encore cet appartement de la rue Surcouf, qui est comme un gage de sécurité, une monnaie d’échange en cas d’échec. Mais actuellement la question ne se pose pas, et les dubois tirent hardiment des plans. Taper des manuscrits, relire des morasses, accorder des interviews, relancer l’agent littéraire, telle est l’autre face de l’aventure, presque aussi grisante pour Marie-Thérèse Guinchard. Plus tard, il faudra évaluer la rentabilité du prochain voyage — humainement et professionnellement — établir le budget qui doit assurer près d’un an de pérégrinations, esquisser l’itinéraire, prendre contact avec le ministère des Affaires étrangères pour obtenir de nouveaux visas, avec les ambassades, les représentants de l’Alliance française, les offices de tourisme, les confrères journalistes de chacun des pays à explorer. Six à huit mois de préparatifs avant de boucler les valises et de quitter cet univers miniaturisé de l’avenue de Versailles pour des paysages autrement vastes, autrement angoissants! Tout ça pour acheter un petit coffre fort.

45 000 kilomètres en autobus!

C’est sur l’aire d’atterrissage de Buenos Aires que la grande aventure a commencé… Désormais, les Papouchs vont se laisser porter par les événements, par ces 190 millions de Sud-Américains: Espagnols, Portugais, Amérindiens, Noirs et métis, dont 70 millions d’analphabètes. Un peuple dont il faut maintenant tenter de connaître et de comprendre la vie.
On parle espagnol, parfois anglais et allemand, mais la bonté d’un regard, la douceur d’un sourire font tomber toutes les barrières de langage, et Marie-Thérèse Guinchard y emploie son charme.
45 000 kilomètres en autobus! Ces autobus brinquebalant tantôt à tribord, tantôt à bâbord, bourrés de familles entières, de cabas à victuailles (il faut y subsister parfois 72 heures d’affilée), et dans lesquels se mêlent l’odeur d’oignon des « empanadas »celle du cambouis et des toilettes. C’est ainsi que les Papouchs, coincés entre une grosse matrone et un guitariste, ont sillonné des pistes boueuses, frôlé des à-pics, pour faire connaissance avec ce peuple miséreux, presque désincarné, si gentiment démonstratif, voire familier, mais qui ne perd jamais de sa personnalité.

Le « macho » face au matriarcat

«Un enfant sur le dos, un autre dans le ventre», la Sud-Américaine passe sa vie à procréer1 : preuve de la virilité du « macho» (mâle), dont elle attend chaque jour le retour à la maison. Il lui faut alors servir et respecter cet homme frivole et égoïste, possessif et vaniteux, qui se débarrasse si vite de ses responsabilités familiales, sans autoriser pour autant sa femme à s’épanouir dans le travail ou hors de sa maison. Marie-Thérèse Guinchard se sent totalement solidaire de ces femmes confrontées aux mêmes problèmes que nous — mais à la puissance 10 ou 50 — et qui ne sont pas de taille à les résoudre seules. Il existe pourtant, dans la petite bourgeoisie sud-américaine, une minorité de femmes évoluées, remarquablement intelligentes, et qui ont reporté leurs ambitions sur leurs enfants.